Prologue, samedi le 2 octobre 1852
TEMPÉRATURE DU JOUR
Temps doux, ciel dégagé durant l'avant-midi. Quelques nuages capricieux ont flâné dans le ciel du village durant tout l'après-midi.
 NOUVELLES DE PROLOGUE
Il était une fois, il y a de cela bien longtemps, vivait dans le village Prologue!

Ne vous méprenez pas, Prologue n’est pas un conte de fées. Et cela, même si Prologue est un univers merveilleux hors de l’espace et du temps et où il paraît que certains animaux parlent.

À Prologue, nous avons aussi des conteurs qui transmettent lors de veillées populaires et familiales, le merveilleux, les fées, les contes pour faire peur et les contes de bonnes femmes.

Tout comme le conteur dans le conte de fées, je veux passer un pacte féerique avec tous ceux qui seront mes lecteurs.

Par ce pacte vous acceptez de croire à cet univers merveilleux et à ses lois et d’entrer avec moi dans le monde de vos ancêtres. Ce monde où les distances et le temps varient, où toutes sortes d’histoires prennent vie, où tout, de la forêt à la clef, peut se révéler être une découverte. Cela vous sera d’autant plus aisé à croire qu’il s’agit de votre histoire, de votre passé.

Je me présente humblement. Je suis Augustin Lebeau dit «la Fouine» et je suis le journaliste attitré de Prologue. En effet, le seigneur Prologue m’a confié la tâche de vous rapporter ce qui se passe dans la seigneurie.

Certes! La lecture de ces chroniques ne sera pas toujours aisé! Je vous en supplie, ayez du courage et de la vaillance. Ne vous laissez pas décourager par nos différences ou par mon langage d’homme du dix neuvième siècle.

Fort de mon mandat, je dois parcourir le territoire à la recherche de nouvelles, potins et autres événements dignes d'être racontés. Diantre! Il y aura des commentaires sur celui-ci ou celui-là. Difficile de ne dire que du bien de tant de gens.

Le seigneur Prologue a déjà mis à votre disposition une série de chroniques dans lesquelles je me suis efforcé de décrire la vie à Prologue durant l’année d’installation des LIGNES de communication avec le futur (1851-1852).

Il serait à propos de les consulter. Elles vous mettront au fait des aventures, drôleries, événements et incidents qui ont marqué les habitants de Prologue à cette époque-là!

Ainsi renseigné, il vous sera aisé de comprendre mes nouvelles chroniques et de correspondre avec nous.

Toujours est-il que des événements bizarres se sont produits durant l’année 1851-1852 et plusieurs de nos concitoyens prétendent encore que les LIGNES de communication y étaient pour quelque chose. Je vous raconte.

Il y a d’abord eu le terrible épisode des bruits étranges qui hantaient nos LIGNES de communication.

Je vous en fais une brève énumération afin que vous puissiez mesurer l’ampleur de notre effroi. Ainsi, certains jours, nous entendions des bourdonnements comme font en volant certains insectes; des bruissements comme le froufrou des gouttes de pluie qui tombent; des chuintements comme la vapeur d’eau qui s’échappe d’une bouilloire; des clapotis comme le bruit de la vague qui s’écrase sur un rocher.

Parfois, la machine émettait des claquements comme le fouet que l’habitant fait claquer dans l’air pour faire avancer son attelage; des cliquetis comme le bruit sec de la vaisselle qui s’entrechoque dans les mains d’un enfant.

À d’autres moments, l’engin infernal expulsait des craquements comme le bruit d’une branche qui casse; des crépitations comme le crépitement du feu; des froissements comme le bruit des étoffes que l’on plie.

D’autres jours nous entendions, des gargouillements comme les sons émis par mon ventre lorsque je suis affamé; des gazouillements comme seul la voix d’un enfant peut en faire; des grincements comme ceux produits par les roues d’une charrette; des grognements comme le cri du cochon; des hurlements comme le cri aigu et prolongé que pousse le loup; des murmures comme des rires étouffés d’enfants; des pétarades comme la série de pets que laisse échapper l’âne du bonhomme Lavoie en ruant; des sifflements comme ceux du merle.

Pis encore! Ces bruits étaient accompagnés d’étincelles et d’éclairs qui se sont avérés dangereux pour la vie des gens et des bêtes de Prologue.

Heureusement! nos fameux «patenteux» ont réussi à extraire le mal de la machine malade. Le remède porte le nom de «Filtre à fautes»! Il a fallu toute l’ingéniosité et la patience de nos inventeurs pour venir à bout de ce diable «d’effet secondaire au transport spatio-temporel des us et coutumes des gens de Prologue».

Je laisse la parole au seigneur Gonzague Prologue. Il vous expliquera en quelques mots la nature du remède de nos inventeurs:

«Bonjour chers gens du futur,

L’année dernière, nous avons constaté des comportements inhabituels sur les LIGNES. Nous avons cherché à les isoler afin de savoir à quoi ils étaient dus. Nous avons découvert, à notre grande surprise, que les lettres des gens du futur en étaient la cause.

Aussi, durant plusieurs jours, Hector Forbes, François Petitout et Alcide Tremblay ont travaillé en secret à une invention extraordinaire. Les derniers tests confirment la complète disparition de tous ces phénomènes. Cet objet bizarre a une forme indescriptible. Nous l’avons baptisé le «Filtre à fautes». Il fonctionne à merveille, mais il a un défaut : il fait disparaître les mots contenant les fautes et les remplace par des petites étoiles (*).

Certaines lettres arrivent donc au bout des LIGNES dans un état méconnaissable. Quelquefois, il ne reste que deux ou trois mots. J'ai demandé aux personnages de vous retourner vos lettres comme ils les reçoivent s'ils ne les comprennent pas. Vous pourrez donc constater par vous-même. Je sais! C'est incroyable! Mais on ne peut rien y faire, c’est comme ça. Désolé!

Les fautes étant remplacées par des étoiles (*), voici un exemple qui montre bien dans quel état une lettre peut apparaître après son passage dans le «Filtre à fautes».

«Pour * cette lettre, nous * répondre à tes *. Les * dont je t’ai * la dernière * sont comme des * * * et qui n’ont pas besoin de * pour *. Le modèle * * est plus petit que la * et elle ne peut pas *. Elle est en * * et je dois * les * pour finir le *.»

Gonzague Prologue.»

— Hum! Voilà chers amis. Cette explication me semble claire. Il faudra donc que nos correspondants se méfient des fautes car ils ne pourront échapper à la tempête qui s’élèvera, le cas échéant, sur leurs lettres mal orthographiées.

Comme de raison, il ne tient qu’à vous, chers amis, de veiller à la qualité de nos échanges car le chemin des écoliers n’est jamais facile. C’est ce qui le rend attrayant à suivre. Soyez braves!

À bon entendeur.... salut!
NOUVELLES DU FUTUR :
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Augustin Lebeau, journaliste de Prologue